La municipalité d’Agen s’est récemment retrouvée au cœur d’une vive polémique après la mise en place d’un arrêté restreignant fortement l’activité des VTC, notamment aux abords de la gare. Une décision finalement retoquée, révélant les limites juridiques de ce type de régulation locale… mais aussi le rôle déterminant joué par les organisations professionnelles du secteur.
Un arrêté pour apaiser les tensions… mais très contesté
Adopté fin 2025 par le maire Jean Dionis du Séjour, l’arrêté visait à limiter l’activité des véhicules de transport avec chauffeur dans plusieurs zones stratégiques de la ville, dont la gare.
Concrètement, les VTC se voyaient interdire la prise en charge de clients dans ces secteurs sur une large amplitude horaire. L’objectif affiché : apaiser les tensions croissantes entre taxis et VTC, particulièrement vives autour de la gare d’Agen.
Mais pour les chauffeurs VTC, la mesure a été perçue comme une décision brutale, déséquilibrée et juridiquement discutable.
L’intervention déterminante de la FFEVTC-GR
Face à cet arrêté, la Fédération Française des Exploitants de Voiture de Transport avec Chauffeur – GR (FFEVTC-GR) s’est rapidement mobilisée.
Dans un courrier officiel adressé au maire d’Agen en février 2026, l’organisation professionnelle a pointé plusieurs irrégularités majeures dans le texte municipal .
Dès la première page du document, la fédération rappelle que l’activité des VTC relève d’un cadre réglementaire national strict, encadré notamment par les lois dites « Thévenoud » (2014) et « Grandguillaume » (2016), et qu’elle s’inscrit dans le champ du transport public particulier de personnes (T3P).
Mais c’est surtout sur le fond que la critique est la plus virulente.
Sur la page 3 du courrier, la FFEVTC-GR dénonce une mesure jugée « discriminatoire », estimant que l’arrêté impose des contraintes injustifiées aux VTC, notamment en limitant leur activité sur certaines plages horaires et zones stratégiques comme la gare.
L’organisation souligne également des erreurs juridiques précises dans la rédaction :
- l’exigence d’une réservation « horodatée » jugée contraire aux textes en vigueur,
- des incohérences dans les dérogations prévues,
- et plus globalement un texte qualifié d’imprécis et mal construit.
Plus encore, la fédération va jusqu’à annoncer explicitement, en page 4 du document, son intention d’engager un recours contentieux devant le tribunal administratif de Bordeaux pour faire annuler l’arrêté.
Une pression juridique qui a pesé dans la balance
Cette mobilisation n’est pas restée sans effet. Entre le contrôle de légalité exercé par la préfecture et la menace d’un recours juridique formel, la municipalité s’est retrouvée fragilisée.
L’arrêté a finalement été retiré, confirmant les failles juridiques soulevées, mais aussi l’efficacité de l’action coordonnée des représentants de la profession.
La FFEVTC-GR apparaît ainsi comme l’un des acteurs ayant contribué à faire tomber ce dispositif, en combinant argumentaire juridique, pression institutionnelle et menace contentieuse.
La gare d’Agen, épicentre du conflit
Au cœur du dispositif initial, la gare d’Agen cristallisait toutes les tensions. Ce lieu stratégique est un point clé pour l’activité des chauffeurs.
Les taxis y revendiquent un monopole de fait, tandis que les VTC dénoncent entraves et pressions dans l’exercice de leur activité.
Pour la municipalité, restreindre l’accès à ce secteur apparaissait comme un levier pour éviter les conflits. Mais cette stratégie s’est heurtée à la réalité du droit… et à la mobilisation des professionnels.
Un nouvel arrêté en préparation
Loin d’abandonner le dossier, la mairie d’Agen a annoncé travailler sur un nouvel arrêté, cette fois-ci juridiquement plus solide.
Celui-ci devra toutefois trouver un équilibre délicat entre régulation locale et respect du cadre national, sous peine de subir le même sort que le précédent.
Un symbole des tensions nationales entre taxis et VTC d'applications
Au-delà du cas agenais, cette affaire illustre un conflit plus large entre deux modèles de transport.
Elle montre aussi le rôle croissant des organisations professionnelles comme la FFEVTC-GR, capables d’influencer directement les décisions locales par des actions juridiques structurées.
À Agen, l’épisode pourrait bien servir de précédent pour d’autres collectivités tentées de réguler strictement l’activité des VTC.